Oct. 15 06

Couteau Sog Twitch XL

Un folder qui affiche les paradoxes de ses qualités

  • Currently 4.5/5

Note : 4.5/5 (4 notes)

Bonjour,

C'est avec une certaine appréhension que je vous propose ma première revue sur ce blog. En effet, si je suis utilisateur/amateur de depuis quelques décennies, je n'ai pas la compétence (je dirais même virtuosité!) technique, ni les connaissances en matière de diversité des styles, marques et modes de fabrication des "tactiques" qu'ont une bonne partie des membres de ce blog. Mais, je sais aussi que ce qui prime ici, c'est une curiosité bien placée pour les intérêts, goûts et pratiques des autres en matière de .

Les que je serai peut-être amené à vous présenter sont avant tout, pour moi, des outils "simples", abordables, certainement archi-connus de vous tous, dont j'aime particulièrement le contact et la présence au quotidien (aspect très important!), qui répondent à mes divers besoins, et me séduisent par certains aspects. C’est donc, à la fois à une présentation «technique» et, surtout, du plaisir que j’en ai à l’usage, avec toutes leurs limites, que je me livrerai.

C'est le cas du Switch XL que j'utilise depuis début mai 2014 et dont j'ai vu qu'il n'y avait pas de revue lui étant consacrée sur le blog. J'ai acheté ce environ $ 70 dans une petite armurerie de quartier à Chicago. C’est le fait d’être un utilisateur invétéré, quasiment quotidien et pleinement satisfait, depuis plus de 6 ans, de son petit prédécesseur, le Twitch II, qui m’a incité à l’achat de ce modèle XL. J'avoue qu'à l'époque j'avais été un peu déstabilisé par 2 points : le look très "" de la lame et le côté très "carré"/rectiligne du manche, moi qui apprécie les lignes plus élancées/épurées.
 

 
A ma connaissance, la gamme Twitch, qui comprend les Twitch I, II, XL, tous conçus par Spencer Frazer, et à laquelle on pourrait parfaitement ajouter le très petit Blink, constitue la seule série chez à vocation «urban gentleman». Bien sûr, au catalogue de cette célèbre marque de tactiques, apparaissent bien des Aegis «standard» et mini, Trident «standard» et mini, mais rien de comparable, du point de vue de la progression petit/moyen/grand avec la série Twitch.

Avec ces séries, il est difficile de ne pas faire une revue sans établir quelques comparaisons avec les autres modèles de la gamme. Il en sera donc ainsi entre le modèle intermédiaire, le Twitch II (je n’ai jamais eu en main le Twitch I ni le Blink) et ce modèle XL, d'autant plus que je possède les deux en versions similaires. Seules changent les dimensions mais pas seulement, on le verra, et, par voie de conséquence, les profils d'utilisation et l'affectation dans l'. Le catalogue présente ces deux modèles dans les mêmes déclinaisons: lame lisse ou avec serrations, satinée ou avec revêtement black Tini, avec manche noir, finition graphite, ou même en bois de rose qui leur confère un aspect plus "gentleman folder". La seule différence notable entre les deux séries est la présence d'un Twitch XL , au look encore plus que le mien.
 

Les deux modèles que je possède ont en commun d'appartenir à la même nomenclature de présentation : Satin/Drop Point/Straight/manche finition graphite.

D'une dimension totale ouverte de 19,05 cm (15,75 pour le Twitch II) et d'un poids de 120 gr (74 gr pour le Twitch II), le Twitch XL présente, pour moi (donc avis à 2 cents!), les caractéristiques idéales de l' urbain : tout métal, présence en poche, sans peser un "âne mort", longueur optimale et polyvalence. La discrétion est d'autant plus effective que le clip, en acier mat et ferme, de 5 cm de longueur pour 0,9 cm de largeur, permet un véritable "deep carry", chose pas si courante aujourd'hui mais uniquement en "tip-up", des deux côtés du manche. Ce clip, dont ma seule critique s'adresse au sigle "" qu'il arbore en-dehors de la poche/ceinture, est fiché bien en bout et au centre des plaquettes métalliques qui constituent le manche.
 
 

Le manche

Le manche du Twitch XL, comme celui du Twitch II et des deux autres plus petits modèles, est en aluminium anodisé 6061-T6, en finition graphite du plus bel effet.
 
 
 
 

Quand j’ai acheté le Twitch II, je craignais les rayures avec ce type de revêtement particulièrement soyeux et sensuel, il faut le dire ! Mais 6 ans après, il n’en est rien. C’est du solide pour un usage régulier et quotidien ; il y a bien quelques petites rayures, mais il faut les chercher à la loupe. Aucun jeu lattéral ou vertical entre la lame et le manche jusqu’à maintenant pour les deux modèles. Bon, il faut dire que je ne suis pas un bourrin avec mes quelques lames, je les utilise pour ce qu’elles ont vocation à faire (piquer, couper, trancher) et je les bichonne régulièrement .

Comme je l’évoquais plus haut, ce manche tout métal de 10,8 cm (9,02 cm pour le Twitch II), qui concentre l’essentiel du poids du , est constitué d’un ensemble de plaquettes métalliques qui intègrent en leur centre le système d’assistance à l’ouverture SAT pour Assisted Technology, propre à la série des Twitch. Si j’écris des âneries, merci de me corriger, de m’expliquer et d’apporter des compléments !

 

D’ailleurs, le système flipper-ressort-lockback-verrou de sécurité occupe l’essentiel de l’épaisseur du manche, d’où la succession de lames métalliques entre les 2 plaquettes d’aluminium, pas moins de 5 en bout de manche dans lesquelles s’intègre le clip. Si le tout, comme de coutume chez , est parfaitement et solidement ajusté (assemblé aux USA), aligné, poli, et chanfreiné, un vrai régal pour les mains, le revers de la médaille est une propension à amasser les poussières et la crasse !
Du reste, une chute de ce dans de la terre sablonneuse fine et bien humide, alors que je faisais quelques greffes et boutures avec, m’a confirmé, à jamais, la vocation fondamentalement urbaine du Twitch XL. Bonjour la galère pour le nettoyage ! C’est assez regrettable, car la forme assez “carrée”/rectiligne du manche, que j’appréhendais un peu au début, assure une préhension particulièrement ferme, confortable et d’autant plus sécurisée que les doigts sont parfaitement protégés par la courbe supérieure du manche et le généreux quillon que forme le flipper une fois qu’il a fait son office. Ce quillon et cette courbure compensent le fait que le manche en aluminum anodisé est totalement lisse, dépourvu de quelque grip que ce soit.
 


Système SAT d’ouverture assistée

Je ne peux pas terminer cette évocation du manche sans partager le plaisir que représente l’ouverture assistée de ce, même si je ne suis pas un fan de ce sytème.

Imaginer un au poids raisonnable, bien vertical en poche, par effet d’inertie et en position “tip-up”. A la sortie du , le manche vient se placer naturellement dans la paume de la main, le pouce et le majeur se positionnent des deux côtés (le majeur venant en butée sur le bout du clip) alors que la pointe de l’index agrippe nonchalament le flipper cranté et bien dimensionné qu’il actionne sans effort, presque dans la foulée.

La lame jaillit véritablement, émettant un “clac” net et franc du plus bel effet! Pour achever la préhension, le pouce vient se placer le plus naturellement possible dans le creux en haut du manche aménagé pour le passage du flipper devenu quillon. C’est une expérience particulièrement jouissive , pour qui se trouve en situation d’avoir véritablement besoin d’un à ouverture une main fiable et rapide. Du reste, informe du caractère addictif de ce type d’ouverture assistée. En 6 ans, l’ouverture de mon Twitch II qui dispose, comme tous les autres modèles de la série, du même système SAT, n’a jamais été prise en défaut.

Revers de la médaille, s’il est possible de fermer le Twitch II d’une main (à cause de sa petite taille), le recours aux deux mains est incontournable avec le XL. Le lockback; qui peut être verrouillé en mode fermeture comme en mode ouverture par un cran de sécurité, ne fait que libérer le ressort du système. Après, on sent parfaitement la tension d’un ressort qui justifie l’usage de l’autre main pour replier la lame. Bien sûr, les plus téméraires peuvent toujours essayer de le refermer d’une main... mais c’est tellement laborieux et qu’il vaut mieux s’y prendre à deux mains... encore pleines de doigts .

La lame



Si elle n’est composée “que” d’acier AUS 8, comme celle du Twitch II et autres modèles, la lame de 82,6mm de longueur du Twitch XL (67,3mm pour le Twitch II), a un tranchant utile de 81mm, ce qui est un ratio plus que satisfaisant ! Elle pique et coupe fort, très fort même. Son pouvoir de coupe vient probablement de son émouture creuse et relativement haute, d'une gestion de  l'épaisseur de base de 3,2 mm qui va en s'amincissant à partir de son premier quart pour terminer très fine en  pointe, et de la force d’inertie du poids de l’outil concentré dans le manche.

Joliment satinée, quoi qu’un peu brillante à mon goût, et de profil drop point, elle se montre particulièrement sobre en informations : sigle Twitch XL en recto et Pat. 6,941 etc en verso.

Quelqu’un peut-il me dire ce que signifie ce chiffre que l’on retrouve aussi à l’identique sur le Twitch II ?

Si les deux thumbstuds représentent une alternative pour ouvrir le Twitch II, en revanche ils ne servent à rien sur un comme le Twitch XL dont l'ouverture assistée présente un ressort d'une telle tension, à moins, qu'agissant comme butées, ils ne limitent les s de casser le fil de la lame sur le bloc ressort-lockback.
 

La légère courbure, en haut  de la lame, la présence d’un faux contre-tranchant fin et long, ainsi que l’écart important entre le quillon et le fil de la lame, dont la pointe se trouve dans l’axe du , lui confèrent un aspect particulièrement “piquant” qui ne sacrifie en rien à l’esthétique.

Elle est livrée "rasoir" à la sortie d’emballage et son tranchant est facile à maintenir avec un AUS 8 bien maîtrisé par . Deux ou trois allers/retours sur la céramique et le cuir suffisent à assurer son pouvoir de coupe impressionnant pour des activités "classiques", s'entend : saucissonner, couper des fruits, confectionner un casse-croûte, ouvrir des paquets, couper des feuillards plastique, carton, ficelles et cordes, réaliser des greffes dans le jardin ou couper des tiges en vue de bouturage...

Ça coupe nickel et sans bavures! En revanche, pas commode d'étaler des rillettes ou du pâté avec un profil aussi pointu. Et c'est bien ce profil qui me gêne un peu, du point de vue "social", de la part d’un  inséré dans une gamme à vocation «urbaine». En effet, si, de part sa petite taille, son élégance, une jolie courbe en avant de la lame (rappelant celle des Ontario Rat 1 et 2) et son "clac!" discret, le Twitch II passe très bien en société et pousse à la causette, il n'en n'est pas de même avec le Twitch XL. Le "clac !" sonore et la lame assez "agressive" incitent plutôt à un retrait prudent des voisins d'apéro. Il m'est arrivé de lire de la surprise dans leurs yeux, voire même une certaine appréhension: "ne va-t-il pas me mettre le sous la gorge pour s'emparer du dernier petit four ou me délester de ma Breitling?".
J'exagère un peu, mais, parce qu'il n’est pas sans créer un peu de tension chez les non-amateurs de pliants, je ne le sors qu'en petit cercle privé et bien au fait de la pureté de mes intentions .
 

Pour avoir utiliser ces deux depuis pas mal de temps, je ne saurais que les recommander comme «urban », à prix abordable qui plus est. Cependant, je terminerai cette revue en insistant sur deux paradoxes :

- à l’instar du Twitch II, le Twitch XL est un "élégant", très solide et de fabrication particulièrement soignée et sophistiquée. Les deux portent le sceau de la qualité , mais illustrent, en contre partie, le principal défaut de cette sophistication. En effet, au manche très fermé, à cause de ce sytème d’ouverture assistée qui en occupe tout le dos, et exigeant de multiples plaquettes et éléments métalliques, ils sont particulièrement vulnérables à la poussière et autres intrusions microscopiques dans ces multiples pièces. Le sable, le sel marin et l’eau/humidité, par exemple, constituent sans nul doute leurs principaux ennemis. Ils exigent donc un entretien régulier. Peut-être donc un premier paradoxe propre à l’ensemble des de , y compris les plus «tactiques»  qui se caractérisent par le recours à des mécanismes sophistiqués (avis, à 2 balles qui n’engage que moi ).

- en conséquence, ils sont faits pour un usage essentiellement “urbain” (entendre aussi "civilisé"), donc plus exposé au regard des autres. Comme je l’évoque ci-dessus, le Twitch II constitue le gentleman folder "type" dans ce contexte: petit, discret, élégant, très solide et efficace, il ne provoque aucune suspicion. Seul, son petit manche de 9 cm de long pourra éventuellement constituer une limite pour les amateurs aux grandes paluches.
Il y a quelques années seulement, le Twitch XL fut conçu pour combler le créneau "grande taille" de la série Twitch. Pour ce faire il fut doté d'une partie des ingrédients, évoqués ci-dessus, qui firent le succès des deux autres. Mais son manche massif, particulièrement "carré" et contendant - pour élégant qu’il soit - et sa lame ouvertement "" - pour esthétique et finement satinée qu’elle soit - s'accommodent mal de la vocation “urbaine” à laquelle sa construction sophistiquée et fermée le destinent.
Deuxième paradoxe donc, en des temps où, “justifiées” par certaines tensions sécuritaires, se mettent en place des mesures de contrôle et de rétorsion préjudiciables aux pacifiques amateurs de (belles) lames dont on sait, par ailleurs, qu'ils sont très loin d'alimenter le contingent des bandits de grands chemins...

Parfois, donc, on peut se demander ce qui passe par la tête des concepteurs ou comment s'établissent les cahiers des charges des outils qui nous donnent tant de satisfaction. Question ouverte et pas seulement adressée à ... Comme celle, cruciale pour nous, des stratégies technologiques à venir qui devraient nous permettre d'être de "tolérés/tolérables" porteurs de petites/décentes lames sans que personne n'y voit offense...
Un Twitch XL avec une jolie courbe en bout de lame, comme celle des Twitch I et II - dans la logique d’une gamme, disons, plus “urbaine”, s’entend - aurait certainement contribué à un regard plus attendri et tolérant sur ce qui constitue, par ailleurs, pour moi, un outil fiable et très agréable à utiliser...

                                 

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Commentaires

1 -

 très bonne revue , bien écrite, avec de bonnes photos sur un (2)  couteau(x)que je ne connaissais pas.

 


MR88SX | Le Mardi 06/10/2015 à 11:56 | [^] | Répondre

5 - Re:

Seki Bonjour,
Merci beaucoup pour le compliment!

 


Seki | Le Mardi 06/10/2015 à 20:55 | [^] | Répondre

2 - Brevet

>>>Quelqu’un peut-il me dire ce que signifie ce chiffre que l’on retrouve aussi à l’identique sur le Twitch II ?

Ce sont les premiers chiffres du numéro de brevet déposé par Spencer Frazer.
Tu peux lire le brevet ici : http://www.google.com/patents/US6941661

Bravo pour l'excellente revue du couteau. J'ai particulièrement apprécié les détails techniques, les touches d'humour et la photo du jean en train de sécher avec le perroquet. Bonne idée de mise en scène pour juger de l'efficacité des clips.

 


patrick_g | Le Mardi 06/10/2015 à 12:11 | [^] | Répondre

4 - Re: Brevet

Seki Bonjour Patrick,
Un grand merci pour le lien qui mène au brevet de Spencer Frazer. Je ne savais pas; ça explique pourquoi toute la série Twitch (avec aussi le Blink) porte le même numéro. Je vais donc dormir moins ignorant ce soir.
Je te remercie pour les compliments et les appréciations. En fait la présence de mon perroquet Seki n'est pas tout à fait de la mise en scène. Il est comme tous les perroquets apprivoisés: extrêmement curieux, me suit comme un chien et a une véritable fascination pour les petites choses qui brillent, qu'il repère de fort loin, d'autant plus si vous essayez de les dissimuler! Il a donc fait comme il fait toujours quand on met du linge à sécher: il grimpe sur le fil pour bouffer les épingles à linge, jouer avec le ressort métallique ou tenter d'arracher les boutons métalliques des jeans. Donc quand il a vu les clips, sa curiosité a été immédiatement titillée. J'ai donc laissé faire... au risque de retrouver (comme ça arrive quelque fois) une petite merde de perroquet au fond du jean

 


Seki | Le Mardi 06/10/2015 à 20:53 | [^] | Répondre

3 - Bravo

Darksun Bravo Seki pour cette magnifique revue.

Elle est réellement très intéressante avec une combinaison de détails techniques précis, d'expérience personnelle et d'humour : comme Patrick j'ai beaucoup aimé le perroquet avec le Jean's.

Darksun a donné 2 couteaux à Seki

 


Darksun | Le Mardi 06/10/2015 à 13:37 | [^] | Répondre

7 - Re: Bravo

Seki Darksun bonjour,
Un très grand merci pour le commentaire de quelqu’un qui parle des couteaux avec une telle érudition, ainsi que pour les couteaux donnés. Quand je serai grand, j’aimerais beaucoup pouvoir écrire sur la diversité des lames et des techniques qui prévalent à leur construction avec une telle virtuosité (c’est notamment à toi que je pensais quand j’ai utilisé ce mot). Mais, cela veut dire aussi, voir passer un bon paquet de couteaux entres ses mains. Et ça je ne sais pas si j’aurais le temps!
Quant au ton donné, ma foi, pour moi une revue - de quoi que ce soit d’ailleurs, mais particulièrement de couteaux - ça doit refléter un peu de vécu et surtout du plaisir. Du plaisir de l’outil en main (qu’on ne se méprenne pas sur la nature de l’outil en question), de sa facture et de la convivialité qui se crée avec lui, quand bien même serait-il « simple », limité et toutes proportions gardées bien sûr. Mais c'est bien sûr un avis à deux balles.

 


Seki | Le Mardi 06/10/2015 à 21:24 | [^] | Répondre

6 - Pour le maître des lieux

Seki Un grand merci, Guillaume, pour la confiance et pour les petites modifications (suppression de parenthèses, etc.) et pour les petites coupes de commentaires inutiles . Un "checking" donne plus de fluidité et de cohérence à la revue, sans que celle-ci perde le ton que je voulais lui donner.
Bien cordialement

 


Seki | Le Mardi 06/10/2015 à 21:05 | [^] | Répondre